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Ce qui a été écrit jadis, en janvier 2004
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Faire de la place
J'arpente les rues de mon quartier avec cette petite chienne qui,
en tirant sur la laisse, semble savoir beaucoup plus que moi où
elle va. Est-ce qu'elle tente de me montrer un chemin? Et comme
je n'ai rien de mieux à faire que de la suivre, je marche docilement
derrière elle. Chaque jour. Deux fois par jour. Les coins de rues
se succèdent, mes foulées rythment mes pensées et les ordonnent
en rangées bien droites au point où elles perdent de leur substance.
J'avance, je m'arrête, j'attends et je repars au gré des envies
de mon chien. La cadence devient hypnotique... Je ne pense plus;
je transcende.
C'est un peu comme ça que les dernières semaines de l'année se
sont écoulées. Et elle s'est terminé sans que j'en n'aie vraiment
envie. C'était la fin d'une année complète avec lui, à se découvrir.
L'année de notre rencontre... où l'on a enfin pu se voir et se
toucher en vrai. Et j'étais un peu triste de la voir se terminer
sans lui. À cause d'un quart de tour de planète de décalage, on
ne franchissait même pas la frontière de la nouvelle année en
même temps... À cause aussi de ce temps que je devais lui laisser
pour qu'il puisse comprendre et ordonner les circonstances de
sa vie. Et interruption de contact encore une fois.
À travers le calme apparent de mes silences il y a, sous cette
façade, tout ce qui ne se devine pas et tout ce que je cultive
en patience. Depuis toujours, je prône la lenteur parce que je
redoute les décisions précipitées... Il faut savoir se donner
le temps, parfois. Comme il faut savoir attendre. Ou ne rien dire.
Se respecter en silence.
Alors j'ai beaucoup marché durant cette fin d'année. En pensant
à lui au rythme de mes foulées. En faisant des rangées bien droite
dans mes pensées pour les ordonner. Car dans des circonstances
comme celles-ci, où c'est pas mal beaucoup compliqué, ce serait
facile de voir ses idées partir tout de travers. Et d'avoir un
petit peur, parfois. Mais bon... ça ne dure jamais bien longtemps.
Car je sais bien qu'il tente de faire de la place pour nous.
~*~
La nouvelle année est arrivée et on a pu se retrouver dans les
limites de ce qui nous était possible tout en déjouant la longue
distance.
Le combiné bien serré contre mon oreille, j'aime écouter sa voix
veloutée qui m'explique où il en est. J'apprécie tout les détails
qu'il m'offre alors qu'il tente de décortiquer ce qu'il ressent.
Et ce qu'il ressent me chavire...
Il m'arrive encore parfois de devoir résister à l'envie de me
foutre un paire de claques au visage. Juste pour m'assurer que
je suis bien réveillée. Parce que bon, ce mec, avec tout ce qu'il
fait pour me garder dans sa vie, ce serait facile de croire que
je l'ai rêvé!
Et je lui ai dit l'autre jour, qu'il était sans doute un tout
petit peu fou.
Il a simplement rigolé. Avec ce petit rire tout doux que j'aime
tant.
Et j'ai fermé les yeux pour mieux l'entendre.
~*~
Depuis, et bien... l'année se continue cahin-caha. Ce mois-ci,
j'ai attrapé la crève, alternant de façon successive la grippe
et le rhume, tandis que sévissait un froid sibérien inhabituel.
Comme moi, la terre semble avoir pris froid. Alors moi, je me
terre pour guérir. Ce qui a quelque peu a saboté mes projets de
reprendre ce site plus fréquemment... mais bon, meilleure chance
la prochaine fois.
Ce faisant, il y a le risque pour que je cède à mes vieux réflexes
et que j'en vienne à ne plus sortir du tout... D'ailleurs, je
sens s'amincir le fil qui me lie à certains faute de fréquentation.
Et si une part de moi s'inquiète, voilà que cela indiffère ma
part désabusée. Je n'ai plus tellement d'illusion à ce sujet,
c'est vrai. On ne peut retenir à soi ceux que les aléas de la
vie éloignent... Mais au fond, il suffit d'être là lorsqu'il reviennent.
J'ai au moins repris mes marches avec le toutou. Ce qui me force
à avoir certains contacts avec ces gens qui aiment les chiens.
Comme quoi c'est sans doute la bête qui finira par me convaincre
à apprivoiser l'humain...
Mais sinon, je me concentre surtout sur ce qui se trame outre-mer
avec lui. Nous avons eu des moments ondoyants. Oui, ondoyants,
comme le mouvement de la marée. Avec parfois des vagues de doutes
qu'il a fallu surfer. Pour aller au fond des vraies choses. Et
aussi pour mettre certaines choses en place...

Car il a eu cette idée... une merveilleuse, fantastique, renversante
et un peu folle idée. Et voilà qu'elle va se concrétiser.
~*~
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