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Ce qui a été écrit jadis, en janvier 2004

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Le 22 janvier 2004

Faire de la place

J'arpente les rues de mon quartier avec cette petite chienne qui, en tirant sur la laisse, semble savoir beaucoup plus que moi où elle va. Est-ce qu'elle tente de me montrer un chemin? Et comme je n'ai rien de mieux à faire que de la suivre, je marche docilement derrière elle. Chaque jour. Deux fois par jour. Les coins de rues se succèdent, mes foulées rythment mes pensées et les ordonnent en rangées bien droites au point où elles perdent de leur substance. J'avance, je m'arrête, j'attends et je repars au gré des envies de mon chien. La cadence devient hypnotique... Je ne pense plus; je transcende.

C'est un peu comme ça que les dernières semaines de l'année se sont écoulées. Et elle s'est terminé sans que j'en n'aie vraiment envie. C'était la fin d'une année complète avec lui, à se découvrir. L'année de notre rencontre... où l'on a enfin pu se voir et se toucher en vrai. Et j'étais un peu triste de la voir se terminer sans lui. À cause d'un quart de tour de planète de décalage, on ne franchissait même pas la frontière de la nouvelle année en même temps... À cause aussi de ce temps que je devais lui laisser pour qu'il puisse comprendre et ordonner les circonstances de sa vie. Et interruption de contact encore une fois.

À travers le calme apparent de mes silences il y a, sous cette façade, tout ce qui ne se devine pas et tout ce que je cultive en patience. Depuis toujours, je prône la lenteur parce que je redoute les décisions précipitées... Il faut savoir se donner le temps, parfois. Comme il faut savoir attendre. Ou ne rien dire. Se respecter en silence.

Alors j'ai beaucoup marché durant cette fin d'année. En pensant à lui au rythme de mes foulées. En faisant des rangées bien droite dans mes pensées pour les ordonner. Car dans des circonstances comme celles-ci, où c'est pas mal beaucoup compliqué, ce serait facile de voir ses idées partir tout de travers. Et d'avoir un petit peur, parfois. Mais bon... ça ne dure jamais bien longtemps.

Car je sais bien qu'il tente de faire de la place pour nous.

~*~

La nouvelle année est arrivée et on a pu se retrouver dans les limites de ce qui nous était possible tout en déjouant la longue distance.

Le combiné bien serré contre mon oreille, j'aime écouter sa voix veloutée qui m'explique où il en est. J'apprécie tout les détails qu'il m'offre alors qu'il tente de décortiquer ce qu'il ressent. Et ce qu'il ressent me chavire...

Il m'arrive encore parfois de devoir résister à l'envie de me foutre un paire de claques au visage. Juste pour m'assurer que je suis bien réveillée. Parce que bon, ce mec, avec tout ce qu'il fait pour me garder dans sa vie, ce serait facile de croire que je l'ai rêvé!

Et je lui ai dit l'autre jour, qu'il était sans doute un tout petit peu fou.

Il a simplement rigolé. Avec ce petit rire tout doux que j'aime tant.

Et j'ai fermé les yeux pour mieux l'entendre.

~*~

Depuis, et bien... l'année se continue cahin-caha. Ce mois-ci, j'ai attrapé la crève, alternant de façon successive la grippe et le rhume, tandis que sévissait un froid sibérien inhabituel. Comme moi, la terre semble avoir pris froid. Alors moi, je me terre pour guérir. Ce qui a quelque peu a saboté mes projets de reprendre ce site plus fréquemment... mais bon, meilleure chance la prochaine fois.

Ce faisant, il y a le risque pour que je cède à mes vieux réflexes et que j'en vienne à ne plus sortir du tout... D'ailleurs, je sens s'amincir le fil qui me lie à certains faute de fréquentation. Et si une part de moi s'inquiète, voilà que cela indiffère ma part désabusée. Je n'ai plus tellement d'illusion à ce sujet, c'est vrai. On ne peut retenir à soi ceux que les aléas de la vie éloignent... Mais au fond, il suffit d'être là lorsqu'il reviennent.

J'ai au moins repris mes marches avec le toutou. Ce qui me force à avoir certains contacts avec ces gens qui aiment les chiens. Comme quoi c'est sans doute la bête qui finira par me convaincre à apprivoiser l'humain...

Mais sinon, je me concentre surtout sur ce qui se trame outre-mer avec lui. Nous avons eu des moments ondoyants. Oui, ondoyants, comme le mouvement de la marée. Avec parfois des vagues de doutes qu'il a fallu surfer. Pour aller au fond des vraies choses. Et aussi pour mettre certaines choses en place...

Car il a eu cette idée... une merveilleuse, fantastique, renversante et un peu folle idée. Et voilà qu'elle va se concrétiser.

~*~